Une longue histoire

La ville de Cognin est entrée dans l'histoire avec la mise au jour des vestiges des constructions connues sous le nom de    « villa romaine ». Ce n'était sans doute pas la seule trace de présence humaine à cette époque et une occupation plus ancienne a été révélée par des sondages sur le plateau de Villeneuve. Vingt siècles se sont écoulés depuis. Objets, aménagements, monuments, photos et documents d'archives sont les témoins de cette histoire que le GREHC vous propose de découvrir.
En cliquant sur l'une des vignettes ci-dessous, vous accèdez à la période historique qui vous intéresse. Activez ensuite le diaporama. Promenez-vous enfin dans les évènements cognerauds du deuxième millénaire.


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 Diaporama "2000 ans d'histoire"


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Chronologie du deuxième millénaire

Il y a quelques années, dans le cadre d'un projet pour le CERES, une équipe du GREHC avait rassemblé sous forme de chronologie détaillée, l'histoire de Cognin au cours du second millénaire. Celle-ci ne se voulait pas exhaustive mais présentait d'une façon originale les principaux évènements qui ont marqué la commune.entre 1107 et 2007. Nous vous la livrons avec quelques petites modifications tenant compte d'une actualisation des connaissances. Bonne lecture !
Ont participé à cette élaboration : Danielle Costaz, Nicolas Million, Bernard Pillu, Jacqueline Rimbaud, Georges Schlibs.

1107 

Pour la première fois, il est fait mention de Cognin, « ecclesia de Cohonnino », sur un cartulaire de Grenoble. Les découvertes archéologiques des années 70 confirment l’antiquité de la ville. Sa position stratégique sur la voie romaine reliant l’Italie à la Gaule laisse en effet supposer que Cognin était un lieu de peuplement très ancien.Les sondages sur le plateau de Villeneuve le confirment. L’étymologie patronymique qui a longtemps servi d'explication est sujette à controverse.

            Selon le chanoine Bernard Secret, le nom dérive d’un patronyme germanique appartenant à un chef burgonde à qui ces terres et la garde du passage auraient été confiées au Vème siècle par Aetius, un des derniers généraux romains. D’autres auteurs, comme le chanoine Adolphe Gros, pensent que le nom tire son origine de la présence d’une villa romaine appartenant à un certain Codonius, ce qui, avec l’adjonction du suffixe habituel «  anum » donne Codonianum.            

L'étymologie géographique est, quant à elle, plus crédible. On s'aperçoit en effet que, le coeur historique de Cognin se situe entre l'hyères et son affluent le Forézan, les deux cours d'eau  formant un coin à la confluence. On sait que de nombreux lieux-dits ayant cette configuration sont nommés "coin" ou dans de très nombreus cas identifiés par un terme dérivé de ce mot. Proches de nous, on peut citer un autre Cognin, Cognin-les-gorges en Isère et Cuneo en Italie, la déclinaison de la traduction latine "cuneus" permettant d'aboutir au terme contemporain, même si l'on est passé par le "Cohonnino médiéval"....

1285 : La famille « de Cognin ».

Vers le 12e siècle et très probablement bien avant, s’élevait sur l’emplacement de l’actuelle maison Ract une « Maison forte » , fief des « de Cognin », très vieille race, dont la prospérité baissa après l’installation des Princes de Savoie dans le château de Chambéry. On sait que le 6 avril 1285 le comte Amédée V a payé à Noble François de Cognin 1200 sols pour lui acheter des droits de péage que celui-ci détenait à Chambéry. En novembre 1421, un Philippe de Cognin fut élu Syndic de Chambéry. Au début du 15e siècle, le nom de la famille de Cognin disparaît avec le mariage d’Aymonette qui épouse Antoine Domenge, un maître de la cour des comptes de Chambéry. Elle lui apporte en dot la maison forte. Leur petit-fils la possédait encore en 1499. Trente ans plus tard, elle appartenait à un Bressan, Pierre de Gorras, un conseiller du conseil résident de Chambéry. Achevée pour Cognin en 1732, la tabelle générale du cadastre sarde nous apprend qu’à cette époque cette maison et ses bâtiments fermiers appartenaient à Charles, marquis de la Chambre : 59 journaux, soit 17 hectares et demi environ. Puis les familles Lard, Desarnod, Goybet et Ract en furent les propriétaires.

             La maison Ract est donc un édifice très ancien dont on trouve trace jusqu’au Moyen-Age. Elle comprenait une maison de maître représentée sur la Mappe sarde. Quelques modifications seront apportées au cours de deux siècles et demi qui nous séparent de cette époque. C’est dans cette période qu’une aile fut ajoutée à la maison principale lui donnant la forme de « L ». Les bâtiments d’exploitation liés à la maison, aujourd’hui disparus, comprenaient une maison fermière, des granges et écuries. La commune de Cognin, déjà propriétaire, du domaine fit détruire les dépendances en février 1984 dans le cadre des aménagements prévus au contrat de quartier.

             Le mas de la Tour : on sait que le site de Cognin fut occupé dès le premier siècle de notre ère par un village gallo-romain, vaste domaine agricole avec des bâtiments de maître et des bâtiments d’exploitation. Cette villa se trouvait dans le secteur qui englobe approximativement les alentours de l’église, la maison Ract et la résidence du Parc. Les fouilles de 1969/1976 perpétuent ce passé. Vers 450, ce site fut occupé par les Burgondes. Certains pensent, mais les preuves font défaut, que le chef burgonde qui occupait ces lieux avait sa villa sur l’emplacement de la propriété Ract et que sa maison comportait une tour servant pour l’observation, le guet et la transmission de signaux. C’est cette tour qui est très probablement à l’origine du toponyme « Mas de la tour »qui désignait ce lieu dans le cadastre sarde.

1303.  Le château de Villeneuve

L’approche politique de l’étude du Moyen-Age se fait souvent à travers le concept de la seigneurie. A Cognin, une famille mérite un sort particulier, la famille de Villeneuve qui administre ce fief très ancien correspondant à une partie du territoire actuel de la commune. On en trouve mention, pour la première fois, en 1303 à travers Aymon et ses fils Pierre et Etienne. Après eux, Humbert Clermont-Mont-Saint-Jean passe reconnaissance pour la maison forte. Le fief savoyard restera dans cette famille sur quatre générations. Antoine IV de Clermont Mont-Saint-Jean le vendit en 1401 à Jacques Chabod, grand bourgeois commerçant de Chambéry, favorisé par la cour de Savoie, qui venait de prendre le nom de Lescheraines. En fait, la seigneurie de Villeneuve fut divisée et possédée par plusieurs familles jusqu’en 1440. A cette date, en dédommagement des dépenses considérables engagées pour les frais du couronnement de son père Amédée VIII (devenu antipape sous le nom de Félix V), le duc Louis inféode à Barthélémy Chabod de Lescheraines un fief autour de la maison forte de Villeneuve qui englobe Salins, La Peysse, Bellecombette, avec la juridiction haute, moyenne et basse. Les Chabod étendirent ce fief jusqu’aux Charmettes, transformant leur domaine en l’un des plus importants du bassin chambérien.

La maison forte s’est transformée en château : ses deux ailes qui entourent une cour intérieure sont surmontées de quatre hautes tours, trois rondes et une carrée. A chaque niveau, on voit une fenêtre à meneaux. Un escalier éclairé par trois hautes baies rectangulaires dessert les étages. Il y avait un fossé (encore visible sur la mappe sarde de 1730), qui a été comblé depuis.

En 1486, c’est Jean Chabod de Lescheraines et Villeneuve qui donne le droit d’utiliser l’eau issue d’une dérivation de l’Hyères à un forgeron, Pierre de Vercelotte dit Brulefers, pour actionner les martinets et le soufflet de sa forge, moyennant une redevance annuelle de « un denier fort ». Ce sera sous la dénomination « hyère » la première mention de ce qu’on appellera plus tard le canal des usines.

Le dernier Chabod, François vivait à Villeneuve lorsque survint la peste en 1630. Il décéda le 11 juillet, le même jour que son fils aîné, le cadet suivit de près. C’est sa fille Sébastienne qui hérita du château qu’elle apporta en dot à son mari, le sénateur Jean-Louis Bruyset. En 1781, la fille de Claude-Louis Bruyset de Chabod, Anne-Marie-Josèphe-Françoise est veuve de Benoît de Regard, son fils Joseph-Antoine est investi du château. Il y habite jusqu’à la révolution. Il fut emprisonné car il avait deux fils au service du roi.

Les comtes Regard De Villeneuve sont inhumés depuis 1855, au cimetière de Chambéry. Le dernier comte de Villeneuve, Jean De Regard est décédé le 23 avril 1980. Au début du XXème siècle, le comte de Villeneuve gère lui même le château. Il a quatre fermiers. Les terres qui allaient jusqu’à Montagnole étaient cultivées en majorité de vignes. Trois fermiers payaient un fermage plus la moitié de la récolte de vin, le quatrième fournissait le bois pour les besoins du château. Le château a cessé d’être habité de façon continue à partir des années 1920, le comte s’étant installé en région parisienne pour des raisons professionnelles. Entre 1920 et 1938, l’artiste peintre anglaise Bessie Davidson y séjournait l’été, elle y réalisa de nombreuses esquisses.

Le château est aujourd’hui abandonné, la municipalité de Cognin en a fait l'acquisition dans le cadre de l’opération d’urbanisme du plateau et en a commencé la restauration.

1427 : Le château de Corinthe

Une guerre menée par le duc de Savoie contre le duché de Milan se termina par un accord diplomatique au terme duquel fut scellé le mariage de Marie , fille du duc Amédée VIII de Savoie avec Philippe Visconti, duc de Milan.

En 1427, les ambassadeurs italiens, Barthélémy Capra, archevêque de Milan, le prieur de St Antoine, Louis Crotti et François Galline viennent chercher la jeune princesse pour la conduire vers son futur époux. Les seigneurs italiens sont nombreux et il faut les loger. Les fiançailles ont lieu au château de Thomas II au bord du lac du Bourget. Il nous est rapporté dans l’ouvrage châteaux et maisons fortes de Savoie : « il fallut mettre en réquisition les plus beaux lits à courtepointes damassées et limogées des bourgeois de Chambéry et surtout des châteaux de Villeneuve et de Corynthe à Cognin . . . ». C’est la première mention historique connue du château de Corinthe.

En 1587, la chambre criminelle du Sénat vint siéger à Corinthe « à cause de l’épidémie de peste qui sévissait à Chambéry ». En 1618, Claude-François Pobel, comte de St Alban, légua à son fils la baronnie de La Pierre y compris « la maison de Corinthe ».

Ni château féodal, ni même maison forte, le manoir de Corinthe apparaît au seizième siècle comme appartenant à Claude-Louis Alardet, chanoine de Genève, fils d’un maître auditeur à la Chambre des Comptes de Chambéry, précepteur du futur duc Emmanuel-Philibert, abbé de Filly qui devint évêque de Lausanne, puis de Mondivi. Il va transmettre le domaine à son neveu Raymond Pobel, président au Sénat de Chambéry.

C’est encore un mariage princier qui pousse Corinthe sur le devant de la scène, le 27 avril 1665, « on vit quantité de carrosses à six chevaux remplis de dames », les représentants du duc Charles-Emmanuel venaient au devant de Jeanne-Baptiste de Savoie Nemours qui arrivait de France pour épouser son cousin et devenir duchesse de Savoie, « mais les lourds équipages auraient eu mauvaise grâce dans la montée des Molasses, et c’est pourquoi on l’attendait ici ». Les descendants de Pobel, les Vibert de Massingy, héritèrent du titre de marquis de La Pierre. Ils gardèrent le château jusqu’à la révolution.

Le dernier marquis de La Pierre, Charles-Joseph Vibert de Massingy nous conte dans ses mémoires les tribulations d’un gentilhomme savoyard : « Ce fut le 17 août 1793 qu’un détachement de gendarmerie vint m’arrêter dans ma maison de Corinthe, vers six heures du matin, pour me conduire en prison à Chambéry … » Après quelques jours de détention, il fausse compagnie à ses geôliers pour rejoindre Genève, puis Lausanne.

Le 15 messidor an IV (4 juillet 1796), le domaine de Corinthe est vendu comme bien national à Jean-François Bellemin, ancien notaire à Chambéry et futur sous-préfet de Saint-Jean-de-Maurienne.

En 1863 la château de Corinthe est acheté pour 170 000 francs au comte de Moncla par l’Institution des Sourds-Muets, œuvre charitable fondée en 1841 par Madeleine Barthélémy. En 1846, le roi Charles-Albert lui avait conféré le titre d’Institution Royale. Mais là, c’est le début d’une autre histoire.

1486 : La première mention du Canal

Dans la paroisse de Cognin, sur les terres du sire de Villeneuve, un forgeron, Simon de Vercellote dit Brulefers, reçoit le 2 mars de cette année, par devant Dunoyer notaire, l’autorisation de son seigneur d’utiliser l’eau d’une dérivation de l’Hyères, moyennant une redevance annuelle de « un denier fort ». Cet acte apporte une certitude sur l’origine du canal, appelé d’après le texte, « dérivation de l’Hyère », sans le « s » final et le situe géographiquement : prise en amont du pont Saint-Charles et retour à l’Hyères bien avant le « Pont Vieux ». Il n’est pas improbable de dire qu’un embryon de cana. Le 11 juin 1554, un acte fait état d’un prolongement de la dérivation d’Hyère sur la paroisse de Cognin. Ce jour là, par devant le notaire royal François Empereur, Jean-Jacques Pyopol, vend sur ses terres une place pour soixante florins de Savoie avec puissance, licence et autorité de faire construire un canal qui ira de la précédente dérivation de l’Hyères jusqu’au pont de Cognin, aujourd’hui le « Pont-Vieux ». La largeur est fixée à cinq pieds. Les acheteurs sont  Benoît Crassus conseiller pour le Roi en sa cour du Parlement de Savoie, Noble Gaspard Dieu le fils, François Comers et Jean Dardier, bourgeois de Chambéry. Déjà, un premier règlement lors de l’achat fixe des servitudes : la terre extraite doit servir pour renforcer les berges, l’obligation de nettoyage du futur canal par les utilisateurs.Le canal a pu exister bien avant cette date, au début du 14e siècle et il n'est pas impossible que l'on puisse remonter à l'époque romaine..

 Entre le milieu du 16e siècle et 1730, un aqueduc en bois est construit au-dessus de l’Hyères permettant son extension vers Chambéry jusqu’à l’actuelle maison d’arrêt. Ce canal apparaît donc dans son ensemble, soit 4,2 km , sur la Mappe sarde .

Avec une dénivellation de 60 mètres de la prise jusqu’au déversoir, on conçoit que la première application de cette énergie hydraulique fut celle des moulins, d’où le nom de « Canal des Moulins ».

1503 : Le Pont-Vieux.

Il est aisé de penser que, pour permettre le franchissement de l’Hyères à l’époque romaine  reliant Lémenc à Aoste par la "via minima" ou par la voie impériale du col de Saint-Michel, un passage sur la rivière existait.

Aussi, Cognin, en bordure de ce cours d’eau, exploite très tôt sa situation en construisant à la limite avec Chambéry un des plus anciens ponts de la Savoie, le pont-Notre-Dame. Cet ouvrage avec son invocation à Jésus Maria, rappelle qu’à proximité se dressait une chapelle dédiée à Notre-Dame. Cette dernière avait été édifiée par Anne de Chypre, épouse de Louis de Savoie et fille de Janus de Lusignan, roi de Chypre. Ce pont médiéval bâti en pierre avec son tablier étroit, son profil à deux arches et sa pile centrale à éperons, a été durant plusieurs siècles le seul moyen de franchir la rivière. Au centre du parapet, à la limite entre Chambéry et Cognin, une stèle aux inscriptions érodées par le temps reste hélas un mystère. Sur la plate-forme, le long de la chaussée pavée, des bornes témoignent que jadis, pour fermer le passage, on accrochait des chaînes. Quant à l’octroi, il fallait payer une taxe sur les marchandises, il n’existe plus depuis quelques décennies. C’était une guérite au bout du pont, sur la droite, en allant vers Chambéry.

En 1830, cet ouvrage devint Pont-Vieux pour les habitants de Cognin, avec la réalisation du nouveau pont ou Pont-Neuf à une centaine de mètres en aval et qui donne aujourd’hui l’accès à Cognin.

1562 : La gabelle.

L’un des documents les plus anciens pour notre commune est le dénombrement de la « Parroiche » de Cognin effectué le 3 janvier de cette année dans le but de lever un impôt : la gabelle du sel. Décidée par le duc Emmanuel-Philibert, il est inutile de dire l’impopularité d’une telle démarche qui explique sûrement les réticences ultérieures des populations à déclarer sinon à dévoiler tel ou tel bien. Pourtant, très vite, les dénombrements ont été l’occasion de rassembler d’autres renseignements sur les conditions de vie des individus.

En 1562, la population de Cognin s’élevait à 421 habitants repartis en 85 feux. 26 feux sont exemptés de l’impôt, ce sont les gens pauvres ou misérables. Le dénombrement est effectué par  « Ducayre commis, assisté de Messire Pierre Jacobs Vicayre dudict Cognin et honorable Maître André Brun et Claude Du Golet dict Porra scindicques dudict lieu ». La perception de la gabelle a commencé sans doute en 1563 et ne sera abolie que vers 1792. En regardant la liste des patronymes, on note de vieilles familles comme  Colonnel, Rolet, Perrier, Molin, Brun, Vibert, Valet, Guedioz, Berlioz, Beru, Bovier ou Arbareste. Ces souches et bien d’autres, sans la certitude d’une filiation, se retrouvent encore à Cognin dans la deuxième moitié du 20e siècle.

Par la suite, on dispose des indications contenues dans les rapports que rédigeaient les évêques au retour de leur visite pastorale. Ainsi on sait qu’en 1632, après la peste, la population ne dépasse pas 200 habitants en 40 feux. Les ravages causés par cette maladie de juin 1630 à janvier 1631 firent 200 morts, la moitié de la collectivité. Les registres d’état civil en portent témoignage. Le cimetière étant devenu trop exigu, on dut enterrer les morts dans le jardin du presbytère. Une autre source intéressante est celle de la Capitation espagnole. En effet, l’occupation de la Savoie par les Espagnols de 1742 à 1748 donna lieu à l’établissement , commune par commune, d’un recensement général des personnes et des animaux qui servit de base à l’imposition d’un lourd tribut annuel prélevé par les occupants. Ce document est malheureusement incomplet pour Cognin et se limite aux noms de famille. Durant cette période, en 1743 nous notons 78 feux. En 1776, il y a 424 habitants. Le 1er juillet 1781, l’évêque note 570 personnes pour 100 feux. En 1801, la population est de 651 habitants. A partir de cette date, les renseignements deviendront plus réguliers.

Si la population reste stable de 1562 à 1632, elle diminue de moitié en fin de période avec la peste. Il lui faudra attendre plus d’un siècle pour qu’elle retrouve son niveau originel. Par contre vers la fin du XVIII éme siècle, l’industrialisation du canal commence à se faire ressentir sur la courbe d’évolution de la population qui se redresse considérablement.

1671 : Le Pont-Saint-Charles.

Déjà en 1486,dans l’acte du forgeron Pierre de Vercellote, on note que la dérivation de l’Hyères, première partie du canal, passe « par le pont qui est au-dessus de l’eau dite l’hyère… », donc il y avait un pont. En 1655, le duc Charles - Emmanuel II, très soucieux des questions commerciales, décide de faire l’impossible pour que le commerce entre la France et l’Italie se fasse par la Savoie. Aussi, les travaux de la nouvelle route Pont-de-Beauvoisin / Chambéry débutèrent durant l’hiver de 1667. Restait un point délicat : la construction d’un pont sur l’hyères. Le maître d’œuvre, l’ingénieur Balland, obtint, le 31 janvier 1670, le concours des meilleurs maîtres maçons de Chambéry. Les travaux débutèrent en juin de la même année. C’est un ouvrage aux lignes élégantes, qui enjambe le torrent de ses deux arches portées par une pile à éperons. Les parapets pleins sont en pierres taillées, avec une stèle qui se dresse en son milieu et en amont. Cette dernière était là pour rappeler le nom du Saint patron, de son promoteur, le duc de Savoie, Charles-Emmanuel. Outre son sommet taillé en pignon, elle portait un grand écusson de Savoie sculpté en relief, entouré du collier de l’Annonciade avec dans les angles supérieurs deux monogrammes faits de deux C entrelacés, initiales du duc. Achevé en 1671, il est un ouvrage d’art sur la fameuse route Charles-Emmanuel vers le Mont-Cenis et sera ouvert au début 1672. Tout en conservant le même tracé jusqu’au tunnel des Échelles, ce dernier mis en service en 1820, cette voie est devenue la Nationale1006.

C’est donc sur ce pont que passèrent tant de courriers, de généraux, de dignitaires ecclésiastiques, de princes, de princesses et de souverains ! Les arches durent supporter un trafic dans cesse croissant, même le tramway, de 1906 à 1911, l’emprunta. En 1923, constatant un affaissement de la voûte gauche et une fissure sur toute la longueur, il fut donc décidé de le reconstruire. Soucieux de conserver un maximum d’éléments de l’ancien ouvrage, la construction se fit sur la même base, seul l’aspect des arches en béton armé diffère, les premières avaient une forme brisée en lancette, les secondes en plein-cintre. Les parapets disparaissent remplacés par des garde-fous métalliques. Si le pont est sécurisé, le virage qui y conduit occasionna des accidents souvent spectaculaires et hélas aussi dramatiques. Pour mémoire, au début décembre 1945, « un camion militaire fait une embardée au virage du Pont Saint-Charles, brise le parapet et s’écrase dans la rivière. Deux jeunes soldats ont été tués et un autre grièvement blessé ». Quelques années plus tard, le 7 juillet 1959, un ensemble routier « la route Océane », s’écrase dans l’Hyères au même endroit : deux blessés. En 1983, devant une circulation toujours plus intense et la menace d’un effondrement, il est décidé de reconstruire le pont. Le nouvel édifice est de facture fin vingtième siècle. Construit légèrement en amont du précédent, c’est un ouvrage aux lignes droites : le tablier repose sur deux piliers, un de chaque côté de la rivière, les garde-fous sont doublés par des glissières de sécurité. Le virage d’accès est relevé, le coude si dangereux disparaît et il conserve son nom : Pont–Saint-Charles.

Ainsi après plus de trois siècles d’existence prend fin l’histoire de l’ancien pont du duc Charles - Emmanuel II. La démolition s'est effectuée à l’automne 2005 ; çà et là quelques maçonneries sont là pour témoigner le passé glorieux de cet ouvrage.

1732.

C’est cette année-là qu’est achevé pour Cognin le premier cadastre mieux connu sous la dénomination « Mappe Sarde ». Le relevé sur le terrain a été effectué à la fin de 1728, la colorisation dans les bureaux de Chambéry en 1729 et l'établissement de la tabelle des propriétaires en 1732. Quelle est, alors, la physionomie de la commune ?

L’emprise agricole est forte puisque friches, broussailles et bordures tiennent une place relativement modeste. Dans la plaine s’étendent prés et champs cultivés. Sur le pied des coteaux pousse la vigne. La forêt de châtaigniers couvre la colline de Chaloup. Nous sommes bien dans une agriculture d’ancien régime dont les rendements sont encore modestes : les terres labourées consacrées essentiellement aux cultures de céréales occupent plus de la moitié de l’espace agricole. La proximité de la ville de Chambéry explique en partie l’importance des jardins maraîchers dont les produits alimentent le marché.

On est frappé par la dispersion relativement modeste de l’habitat. Pour une population comprise entre 500 et 600 habitants, on dénombre 138 maisons ou masures. Deux pôles de développement sont nettement définis : le Pont-vieux et le quartier de l’église qui correspondent respectivement au point de passage sur l’Hyères et au cœur historique de Cognin depuis l’Antiquité. On compte 127 propriétaires avec une forte proportion de nobles (24) et 2 ecclésiastiques. En l’absence de la pomme de terre, la châtaigne tient une place de choix dans l’alimentation. Ainsi, le bois de Chaloup est divisé entre un grand nombre de propriétaires.

Le long du canal qui ne s’appelle pas encore « des usines », on note la présence de moulins. L’activité est essentiellement de la meunerie. Ce canal sera l’axe de la transformation économique du siècle suivant.

1794.

En cette fin d’année, le premier maire de cette ère française et républicaine se nomme Louis Gaime. Cinq officiers municipaux, dont un certain Claude Vallier dit Porraz, une douzaine de notables, un secrétaire greffier et quatre assesseurs du Juge de paix l’assistent, ainsi qu’un agent national, Joseph Faure, qui détient le rôle primordial. Il est le représentant du pouvoir central et se doit d’incarner et de faire respecter l’ordre républicain. Dans tous les actes, sa signature figure à côté de celle du greffier.

Le château de Corinthe est une des préoccupations communales. Le propriétaire, Charles-Joseph Vibert, marquis de la Pierre, a émigré en Suisse dès l’automne 1792 pour revenir en janvier suivant. Il est arrêté le 17 août 1793 vers six heures du matin et conduit à Chambéry. Le cardinal Billiet atteste que 200 paysans Cognerauds (plus de la moitié de la population masculine du bourg…évaluation exagérée…) vinrent demander sa délivrance. Le marquis faussera compagnie à ses geôliers et le domaine de Corinthe devient « un bien national », une propriété de l’Etat. On envisage d’y installer la maison commune, l’école et le logement de l’instituteur.

On y découvre fortuitement une sorte de trappe dissimulée sous un escalier. En présence de l’agent national, la cachette est ouverte, une sorte de caverne d’Ali Baba apparaît… 125 lots d’articles, dont certains d’une grande valeur, petits meubles, coffrets, argenterie, vaisselle, objets de toilette, cadres, miroirs, vêtements en étoffes précieuses… une véritable fortune !

Finalement, l’école s’installe dans le presbytère et le citoyen Bellemin, après approbation d’un jury d’instruction, est nommé instituteur. Le rapport dit que « ses mœurs sont pures » et « son civisme reconnu ». L’école ouvre le 1er brumaire (22 octobre 1794). 70 élèves se partagent l’unique classe ; bien vite, ils ne sont plus que 46, ce qui est beaucoup pour un maître de 64 ans, même si l’autorité intransigeante régnait en ce temps-là. Sa rétribution s’élevait à 230 livres pour trois mois.

On constate que les turbulences provoquées par les évènement nationaux touchent la lointaine commune de Cognin ; le corps municipal doit, de temps à autre, délivrer des certificats de civisme, procéder à un recensement général des grains et farines, faire l’inventaire des biens d’un citoyen mort au service de la nation et enfin, suite à une décision de prairial an II prise par la Convention au sujet de la liberté des cultes, remettre à la disposition des paroissiens l’église qui n’a plus de servant.

La mauvaise vendange s’annonce pour l’automne 1794, suite « aux intempéries fraîches et neigeuses de floréal », on s’inquiète du mauvais état de la route des Échelles et le 5 pluviôse an III, on requiert de la main d’œuvre pour dégager les routes très enneigées « pour les rendre praticables aux voitures et transports de l’armée ».

1804.

La fin de l’année est marquée par un évènement qui compte dans l’histoire d’une commune. En effet, le 21 brumaire an XIII (11 novembre 1804), le maire reçoit une lettre du préfet du département du Mont Blanc qui le prévient du passage du pape Pie VII le 26 du mois. Sa Sainteté se rend à Paris pour le couronnement de Sa Majesté l’Empereur. Le cortège traversera la commune du Pont Notre-Dame au pont Saint-Charles et une escorte digne de l’éminent personnage doit être prévue : le conseil municipal, bien sûr, mais aussi un détachement de la garde nationale. On ne regarda pas à la dépense puisque 28 francs et 45 centimes furent dépensés en « poudre, ficelles, guirlandes, tambours et fifres » venus de Chambéry tout exprès.

1830.

C’est le début de la construction de l’église à l’emplacement de l’ancienne datant du treizième siècle. La première messe y est célébrée le 26 mars 1832 et elle est consacrée à Saint-Pierre par Monseigneur Martinet, archevêque de Chambéry, le 18 août 1833. En 1998, on rénove et on consolide la coupole et la charpente. Les anciens fonds baptismaux sont réutilisés pour la construction du nouvel autel. Placée au centre du chœur, le triptyque du peintre Arcabas représente les disciples d’Emmaüs.

C’est aussi en 1830 que l’on construit le Pont-Neuf à l’entrée du bourg. La « Grande Rue »qui, à partir de là, traverse Cognin, est bordée de commerces ; les lignes téléphoniques et électriques y sont installées dans les années 1900. Entre 1906 et 1911 un tramway à vapeur emprunte cette voie en reliant Chambéry au Pont-Saint-Charles. En 1961, la construction des immeubles du « Signal » et du « Forézan » change définitivement son aspect. Cette « Route de Lyon » qui fut « impériale » (plaque encore visible au n° 27) avant de devenir nationale (RN 1006) est aujourd’hui tellement « roulante » qu’un passage souterrain a été aménagé pour permettre aux Cognerauds de la traverser sans danger.

1837 : Le syndicat des usiniers. le canal et l’industrie à Cognin.

Le tracé du canal, appelé “des usines” au dix-neuvième siècle et dont les origines remontent au Moyen-Age, peut-être à  l'époque romaine, est parfaitement visible sur le cadastre sarde établi en 1732 pour Cognin, avec l’emplacement de quelques ouvrages utilisant la force hydraulique. Ce canal est “un raccourci” d’une boucle de l’Hyères, favorable a un aménagement industriel. Des artifices, sortes de petites chutes d’eau y ont été aménagés et il est régi depuis 1837 par la société syndicale libre des usiniers qui reçoit en 1840 un plan-profil de l’ouvrage. Le canal poursuit son cours jusqu’au niveau de l’actuelle maison d’arrêt de Chambéry où il se déverse dans l’Hyères. En 1906, il comprend 17 artifices (12 pour Cognin). Il est l’axe d’une véritable zone industrielle rassemblant minoterie, scierie, filatures et tissages, poterie et tannerie.

Dans son ouvrage les alpes occidentales, le géographe Raoul Blanchard, souligne : « C’est là, aux abords de l’Hyères et de préférence à Cognin, que l’industrie manifeste une véritable vitalité, parce qu’elle ne s’y heurte pas à un préjugé défavorable ; Cognin a des spécialités plus variées et reste beaucoup plus voué à l’industrie que la ville... ». En 1891, pour une population de 1209 Cognerauds, on a recensé 34 chefs d’entreprises industrielles ou artisanales et l’on a dénombré près de 200 ouvriers et ouvrières, sans compter ceux qui venaient des localités voisines ou de Chambéry.

Que produit-on à Cognin ?

L’énergie hydraulique a d’abord servi à une forge dont elle activait les martinets et les soufflets, puis surtout aux moulins qui vont se transformer en minoteries. En 1860, le moulin “de la Cardinale” est acheté par les ancêtres de Madame Marthe Carrel. Son père, Monsieur Roux, en fait une minoterie dont elle héritera en 1932 pour en poursuivre l’exploitation avec son mari, Alfred Carrel, maire de Cognin de 1935 à 1940 puis de 1944 à 1971.

En 1826 est créée l’entreprise Perrier-Robert. Elle travaille le laine et produit principalement des couvertures pour les chevaux de l’armée sarde. La qualité de la marchandise lui vaut une médaille à l’exposition de Turin de 1829. Cette fabrique connaît son apogée au milieu du siècle sous la direction de messieurs Chevalier et Blard qui emploient une centaine de personnes en 1844. Une seconde usine, filature de laine, est fondée par monsieur Thomas en 1865. La première fermera ses portes un peu avant les années 1900, l’autre poursuivra son activité jusqu’en 1960. Entre 1853 et 1865, une troisième entreprise fondée par Monsieur Perreau produit du fil de coton mais de grosses difficultés la contraignent à la fermeture ; Les bâtiments sont rachetés en 1869 par messieurs Berthault et Champenois qui y installent une soierie. A partir de 1875, Antoine Champenois dirige seul l’entreprise qui emploie 130 ouvrières. On y compte 250 métiers mécaniques animés par un moteur qui développe une puissance de 25 chevaux. L’usine produit 360 000 mètres de tissus annuellement, ce qui est considérable ! Cognin possède aussi, à cette époque, une fabrique de ouate réputée et l’établissement de Monsieur Labrune produit 12 000 chapeaux de feutre par an. Pourtant, en 1913, il faut fermer et c’est Monsieur Eugène Roux qui rachète l’usine qu’il transformera en atelier de mécanisme pour moulins.

En 1895, l’entreprise Bollon installe sur le canal une scierie hydraulique. En 1900, près du pont Saint-Charles, les frères Pellarin fondent une manufacture de semelles de galoches en lieu et place d’une petite cimenterie qui a périclité. Une production journalière moyenne de 400 à 500 paires est assurée et cela leur vaut en 1902 la médaille d’argent du travail et de la production.

Le traitement des peaux et le travail du cuir ont bien longtemps profité de l’eau du canal. L’entreprise Dumas, fondée vers 1775 et dirigée de père en fils jusqu’au début du vingtième siècle, a vu se succéder cinq générations de tanneurs. Le 21 décembre 1915, la propriété est achetée par Monsieur Joseph Opinel, fondateur de la coutellerie du même nom, célèbre dans le monde entier.

Citons enfin la poterie Schlibs. Antoine Schlibs, né en Silésie, arrivé en France avec les régiments qui ont combattu l’armée napoléonienne, s’établit à Saint-Thibaut-de-Couz où il y fabrique des poêles en faïence dans la pure tradition germanique.

En 1824, désireux de diversifier son activité, il se met à fabriquer de la poterie à usage domestique, appelée aussi « poterie savoyarde » dont Lamartine dira : « c’est de la terre cuite ornée de quelques lignes de peinture comme une porcelaine ».

En novembre 1832, la famille Schlibs s’installe à Cognin.

1843

C’est à un prêtre, le curé Fasy, que revient le grand mérite de vouloir scolariser les enfants de la commune. Cette année-là, il ouvre une école qui accueille bientôt 150 élèves et dont l’enseignement est confié aux frères des écoles chrétiennes. Bientôt, une institutrice est nommée pour les filles. En 1861, 175 enfants étant scolarisés, la construction de l’ensemble architectural mairie-école est réalisée. Le 6 février 1865 a lieu la réception de l’ouvrage qui a coûté 29035 livres. Appelé aujourd’hui « ancienne mairie », dont les salles accueillent de nombreuses réunions d’associations, il a abrité des générations d’écoliers Cognerauds. Le 6 août 1871, malgré les protestations et la démission de certains élus municipaux, l’école devient laïque.

Les religieux ouvrent alors un second établissement qui fonctionnera jusqu’en 1924. L’école laïque, quant à elle, ouvre une seconde classe de filles en 1872. Le bâtiment est réparé en 1888 et agrandi en 1898. Il reçoit une section enfantine, qui porte à cinq le nombre de classes, ainsi que le bureau de Poste.

Suite à une menace de suppression d’un emploi d’adjoint, le conseil municipal proteste : "le seuil de fermeture est de 50 élèves, l’école de garçons n’en a que 47 mais 7 vont arriver ; les élèves sont turbulents et très fatigants et le maître le plus robuste et le plus habile ne pourrait se tirer d’affaire seul ; cette mesure ferait le jeu des ennemis politiques qui entretiennent à grand frais une école congréganiste à deux maîtres."

1854.

Une épidémie de choléra frappe la commune. On déplore 41 morts. La municipalité a dû organiser la lutte contre la maladie. Les dépenses s’élèvent à 2830 livres, dépensées en particulier pour l’aménagement de la maison du chevalier Deville en hôpital. En 1861, la commune compte 1076 habitants, mais entre temps, un évènement de la plus haute importance s’est produit.

1860.

Une consultation des populations de Nice et de la Savoie, dont le roi Victor-Emmanuel consent à se séparer, est prévue. La « votation » a lieu les 22 et 23 avril 1860. A Cognin, comme dans toutes les communes de Savoie, le résultat ne souffre d’aucune ambiguïté : 253 inscrits, une abstention, 252 votants, 251 oui, 1 non. Le 23 avril, à 7 heures du soir, le syndic Jean-Baptiste Dumas peut proclamer les résultats.

Avec le recul, on s’aperçoit que l’annexion a eu des incidences économiques sur la commune dont les conséquences ne s’avèrent pas toujours bénéfiques pour les entreprises qui n’ont pas réussi leur reconversion : fermeture du marché piémontais, concurrence des produits français.

1863.

C’est l’installation des jeunes Sourds et Muets (l’institution a été fondée à Chambéry par Madeleine Barthélemy en 1841) au domaine de Corinthe. Pour accueillir un nombre croissant de jeunes garçons, d’importants travaux sont effectués dans le bâtiment entre 1881 et 1883. le bâtiment est surélevé et deux ailes sont prolongées vers l’arrière. A la rentrée de 1883, soixante quatorze élèves, tous internes, sont accueillis et éduqués selon les principes de l’ « oralisme » définis au congrès de Milan de 1880.

La « Grande Guerre » suspend le fonctionnement de l’école puisque le bâtiment devient l’hôpital militaire n°4. En 1919, il est rendu à l’enseignement et les formations se diversifient avec l’agriculture, la cordonnerie, la menuiserie, les métiers de tailleur, du fer et du bâtiment.

A partir de 1960 interviennent de grands bouleversements. L’« Institution des Sourds-Muets de Chambéry à Cognin » devient l’ « Institut National de Jeunes Sourds ». On assiste progressivement à la montée en puissance de nouvelles formations techniques sanctionnées par des diplômes de l’Education Nationale, l’uniforme est abandonné et en 1961, un nouveau bâtiment est édifié pour accueillir les jeunes filles installées alors à Pont-de-Beauvoisin. 408 élèves de 3 à 22 ans sont ainsi scolarisés en 1969 avec un accroissement sensible du nombre d’externes.

La loi du 30 juin 1975 apporte un grand changement dans le fonctionnement et la mission éducative de l’I.N.J.S. dans deux directions : statut privilégié du traitement médical et social et accès pour l’handicapé aux équipements ouvert à l’ensemble de la population. Ainsi, un dépistage ultra-précoce, un appareillage sophistiqué, des implants cochléaires brisent l’isolement des malentendants. Depuis cette date, un nombre croissant de jeunes sourds sont intégrés dans les établissements scolaires du bassin chambérien tout en bénéficiant du support de l’institut.

En partenariat avec la commune de Cognin, en 2006, une centre de petite enfance installé dans l’enceinte de l’I.N.J.S. est ouverte au public. Ainsi, c’est le monde des malentendants qui accueille celui des entendants…

1884.

C’est l’année de la mise en service de la ligne de chemin de fer Chambéry/Saint-André-le-Gaz. Sa réalisation a nécessité une procédure d’expropriation sur une bande de terrain de l’Institution des Sourds-Muets contre 83 000 francs versés à l’association. En 1907, justifiant sa demande par son activité industrielle, la municipalité de Cognin adresse une requête au ministère des travaux publics pour l’installation d’une gare à Cognin. En 1951, le conseil municipal vote une subvention de 180 000 francs pour l’aménagement de la halte SNCF à Cognin destinée à satisfaire un trafic voyageurs important notamment en fin de semaine, au moment où les jeunes de l’institution voisine retournaient chez eux. « les bousculades engendrées sur le quai par les pensionnaires provoquaient régulièrement un retard indéterminé qui obligeait le pauvre chauffeur à filer à très grande vitesse jusqu’à Chambéry, pour essayer de respecter les horaires prévus ! ». Actuellement cette halte n’est plus desservie et les fleurs de saison ont remplacé les voyageurs sur le quai…

1901 : Le mariage d’Henry Bordeaux.

L’écrivain Henry Bordeaux épouse la petite-fille du Dr Guilland d’Aix-les-Bains, Mademoiselle Odile Gabet, douce jeune femme blonde, fille de notaire, qu’il idéalisera dans bien des écrits. La famille Gabet possède une demeure de campagne, le Maupas, sur les hauteurs de Cognin. Jusqu’à la fin de sa vie, l’écrivain y fera des séjours prolongés chaque année.

C’est vers 1890 que ce savoyard, né à Thonon en 1870, se lance dans la littérature. Fils d’avocat, petit-fils d’un magistrat et d’un avoué, il peint la bourgeoisie provinciale plus que la classe paysanne qui émaille le décor de ses romans… Campagnards savoureusement croqués certes mais souvent personnages secondaires… Contrairement à Guy de Maupassant, qu’il cita notamment en épigraphe à la troisième partie du Pays natal, son premier roman, il décrit avec passion le pays de ses racines, en dessinant avec doigté des héros nantis mais en oubliant les usages comme la nourriture, les locutions verbales, les intonations des paysans, ce qui explique sans doute l’éclipse, actuelle et regrettable, de ses œuvres, réalistes, colorées et passionnantes, mais n’ayant pas su conserver la saveur du terroir. Ce que Maupassant fit magistralement pour la Normandie et de ce fait, est encore apprécié.

Son enfance s’épanouit, au milieu de ses sept frères et sœurs, dans une maison de Thonon ayant appartenu à Madame de Charmoisy, la Philothée de François de Sales, saint dont il revendiquait la parenté par sa lignée maternelle. S’il entreprend des études de droit, pour répondre au désir paternel, c’est vers les milieux littéraires que ses aspirations le conduisent. Mais la disparition prématurée de ce père respecté l’oblige à pérenniser le cabinet d’avocat devenu vacant dans l’attente d’une reprise par son jeune frère. Ces cinq années seront utiles à son œuvre par la connaissance du milieu judiciaire et la description de ses acteurs pittoresques.

Son petit-fils, Philibert du Roure, se souvient : « Je garde le souvenir d’un grand-père illustre par ses romans, mais resté simple et aimant  se replier avec ses cahiers de notes et ses livres dans sa vieille maison du Maupas, à Cognin. A 70 ans, il se levait encore à six heures du matin et, après une douche froide, se mettait à sa table de travail jusqu’à midi. L’après-midi, il partait en promenade et prenait le temps de bavarder avec les paysans de Cognin, Vimines, St-Cassin et leurs alentours. Il riait bien en nous racontant le commentaire du fermier disant de lui : « l’après-midi, il se promène et le matin, de bonne heure, il y fout tout sur le papier ! »

Soixante douze romans suivront Le pays natal, dont certains ont Chambéry et ses environs pour cadre, Cognin en particulier : La peur de vivre qui prit pour décor le Maupas et fut couronné par l’Académie française en 1902, Le chêne et les roseaux, Les Roquevillard, histoire de mœurs qui fut portée au cinéma avec Charles Vanel comme acteur principal. Le lieu-dit « La Vigie », petit hameau situé sur un promontoire à proximité du château de Villeneuve et le chemin qui serpente depuis « les Culées », près du Pont Saint-Charles, existent toujours. Le lac noir ou le sorcier de Myans, La maison morte (Bessans), Ménages d’après guerre, Annette et Philibert ou la nouvelle croisade des enfants (Avrieux, Modane, vallée de la Maurienne) ont la Savoie pour cadre et le Dauphiné voisin avec La robe de laine (La Sylve Bénite), Les yeux qui s’ouvrent (Grenoble, Saint-Martin-d’Uriage et La croisée des chemins (lac de Paladru). La nature y est rarement hostile comme dans La neige sur les pas (hospice du Grand-Saint-Bernard, Simplon, le Valais), roman tiré à 718 000 exemplaires, plutôt sereine et apaisée, humanisée en somme grâce aux jeux d’ombres et de couleurs qui caractérisent les descriptions.

Citons encore L’amour en fuite, Le carnet d’un stagiaire, scènes de la vie judiciaire, L’écran brisé en trois parties : La Maison maudite, La jeune fille aux oiseaux, La Visionnaire dont une pièce en un acte fut tirée et représentée par la Comédie française le 22 juin 1908. Des œuvres de guerre remarquables telles Les derniers jours du Fort de Vaux (mai-juin 1916), La chanson de Vaux-Douaumont (octobre - novembre 1916) ou Un coin de France pendant la guerre interpellent par leur sincérité patriotique et une connaissance particulièrement bienveillante de l’être humain. La vie recommence - La résurrection de la chair, roman écrit en 1919 au Maupas, qui fusionne les villages de Chapareillan (Isère) et de Thann en Alsace dans une histoire dramatique…l’amour, la mort, le péché, l’intolérance hargneuse vaincue par la bonté d’une mère et la naissance d’un enfant. Le livre fut jugé audacieux à l’époque.  

Le 22 mai 1919, après quatre années passées sur le front, Henry Bordeaux est élu à l’Académie française dont il est le plus jeune membre. A la fin de sa vie, il en sera le plus âgé. Il y est considéré comme le félibrige de la Savoie, préfaçant tous les ouvrages qui paraissent après 1920 sur la région des Alpes : « La Savoie… capitale Bordeaux ! », telle est la boutade qui circule chez les Immortels. En 1949, il écrira un petit volume un peu ironique intitulé Quarante ans chez les quarante. La Savoie, fière de son écrivain, le sollicite pour qu’il la représente à l’Assemblée mais H. Bordeaux garde sa réserve et ne se lance pas en politique. Il n’hésite pas cependant à prendre fait et cause pour les grands débats du moment. Au procès de Léon Daudet en octobre 1925, après la mort de son fils Philippe, il est cité comme témoin. Lors du jugement de Violette Nozières, il fait paraître dans un hebdomadaire un plaidoyer en faveur de l’accusée. Traduit et commenté à l’étranger, il reçoit une volumineuse correspondance où les félicitations l’emportent sur… les injures. Il accentue sa démarche par une lettre ouverte au Président de la République. De quelle remarquable grandeur d’esprit fait preuve cet homme qui est pourtant le chantre infatigable de la famille fondamentale et de la patrie vénérée ! C’est une époque intellectuellement brillante et dense pour notre romancier particulièrement choyé par l’intelligentsia du moment.

Ses mémoires, intitulées Histoire d’une vie, sont un témoignage unique d’une France marquée par deux guerres. Le travail considérable effectué par les Archives départementales de Savoie, à qui la correspondance d’Henry Bordeaux a été cédée par sa famille, leur a permis de publier deux volumes intitulés Les correspondants d’Henry Bordeaux et leur temps. Dans la préface, le philosophe Jean Guitton, de l’Académie française, écrit : « J’ai relu certaines pages du journal d’Henry Bordeaux et j’ai été surpris par son don de prophétie. J’ai constaté qu’il avait célébré Proust alors qu’il était peu connu. J’ai surtout remarqué qu’il avait démasqué Hitler. »

73 romans, 53 ouvrages d’histoire et de littérature, 15 récits de voyages, 5 pièces de théâtre, 13 volumes de mémoires, des essais et des critiques, soit 60 000 pages, des ouvrages traduits dans un grand nombre de langues, japonais et chinois compris, voici l’œuvre de cet humaniste qui aimait si bien la France dont il fut l’éminent représentant aux quatre coins du monde, souvent accompagné par son épouse ou l’une de ses trois filles, Paule, Marthe et Chantal.

Laissons à l’aînée, Madame Paule de Masclary, le soin de conclure la présentation de cet illustre Cogneraud : « L’œuvre d’Henry Bordeaux ne mérite-t-elle pas de survivre ? Car un pays, comme un temple, ne repose-t-il pas sur ses quatre colonnes ? La famille, la terre, la religion, la patrie. Blessées, cabossées, vacillantes : elles résistent malgré la poussée foudroyante du temps. »

Henry Bordeaux s’est éteint le 29 mars 1963, à Paris. Il repose au cimetière de Cognin.

1904.

Le décès du peintre Jacques Morion. Né en 1863, fils de Claude, meunier au bord de l’Hyères dans le quartier de la Reveriaz, Jacques Morion apparaît vite comme un élève doué et suit à l’extérieur les cours de peinture de Benoît Molin qui enseigne au lycée. Le 25 janvier 1880, il part à paris pour continuer sa formation et détail anecdotique, il en gardera le grand chapeau et les larges pantalons chers aux artistes de Barbizon. De retour au pays en 1883, il se voit décerné le prix Guy de l’Académie de Sèvre pour le portrait de son père. Avec deux envois, « A la porte du château de Bissy » et « Le château de Chambéry », il est reçu au salon de Lyon en 1897 puis au salon des Champs Elysées avec sa toile « Le lac d’Aiguebelette ». Il va planter son chevalet là où le train peut le conduire et il réalise aussi d’élégants portraits dont celui de sa jeune femme rencontrée à Vimines alors qu’il peignait un paysage. En 1898 il entre aux « Artistes français ». En 1900 il est nommé conservateur du musée de Chambéry et professeur de l’école de peinture. Ses dons artistiques sont multiples puisqu’il fut également chef de la fanfare de la commune. Pour les Cognerauds, c’est son tableau du Pont-Vieux qui immortalisera à jamais et le lieu… et le peintre…

1906–1911 : Le tramway à vapeur.

Le 5 mars 1906, on inaugure à Cognin la prolongation du tramway à vapeur qui traverse Chambéry et qui conduira, désormais, jusqu’au pont St Charles. Le service régulier commence le 10 mars. Il s’avère très utile à une époque où les moyens individuels de locomotion étaient encore très rares. En particulier, chaque samedi, le dernier wagon, spécialement aménagé, s’emplissait de « baladeuses » chargées de fruits et de légumes pour le marché de Chambéry. En mai 1907, il est mentionné dans le journal local : « une voiture chargée de sacs de ciment et sur laquelle étaient montes trois personnes a heurté le tram de Cognin et s’est renversée. On ne déplore heureusement aucun blessé . . . ». En juillet 1911, un débat est engagé sur la poursuite de l’exploitation du tramway. La commune doit s’engager à verser, dans la caisse du département, la somme de 1254 francs pendant trente ans pour assurer la poursuite de l’exploitation. La municipalité refuse de voter cette subvention. La ligne n’est plus utilisée et sera déclassée dans la traversée de Cognin l’année suivante.

1907.  

En juillet Jean-Marie Schlibs succède à son père à la tête de la poterie. Il est né à Cognin le 11 avril 1878, fils d’Antoine, potier, et petit-fils de la fondatrice de cette entreprise familiale Louise Schlibs née Thonon, en ces lieux au 5, rue de la Poterie. Cette grand-mère remarquable qui, malgré son veuvage, cinq enfants, des difficultés, (nous sommes au milieu du 19ème siècle) a l’audace d’ouvrir en 1860 une usine qu’elle dirigera avec talent durant une dizaine d’années, avant de la transmettre à ses fils.

Le jeune Jean-Marie, dont les dons pour la poterie se révèlent très tôt grandit dans une ambiance sereine mais fortement imprégnée par cette grand-mère exceptionnelle. Studieux, il est vivement intéressé par le progrès, la science et les découvertes. Hélas, il sera vite marqué par la vie avec le décès de sa maman Françoise, en 1887 : il n’a que neuf ans. On peut penser que sa forte personnalité, sa force de caractère se sont développées suite à ce drame. L’année suivante, il commence son apprentissage à la poterie en restant sur place, contrairement à certains de la corporation qui allaient de poterie en poterie. Apprenti, manœuvre, pied jaune, tourneur, décorateur, puis responsable de l’enfournage et de la cuisson, il maîtrise parfaitement son art. En 1906, il épouse une Dauphinoise de Ruy, Reine-Blanche Barrel, fille de Claude Barrel, une autre dynastie de potiers dont le berceau est à Annecy et qui est apparenté aux Pivon des Abrets. De cette union sont nés deux garçons Antonin et Aimé, ce dernier sera le dernier potier de la lignée.

Jean-Marie, comme sa grand-mère Louise, avait des idées d’avant-garde tout en sachant évaluer les conséquences. C’est ainsi qu’en 1919, apparaît un premier catalogue de poteries sur plaques de verre. Un autre succèdera sous forme de cartes postales. L’entreprise passe de 2 tours à 3, quant aux cuissons, 6 à 7 par an de six mille pièces à chaque fois. En 1924, il participe à l’Exposition d’arts industriels de Grenoble. Reine-Blanche, son épouse sera l’instigatrice du décor durant 49 ans. Les plus courants s’inspiraient de la mode du moment. D’autres, moins communs sont du type décor bicolore, ocre et bleu. Sur des pièces de terre ocre, une couche de bleu était enduite. Celle-ci, une fois sèche, était grattée pour obtenir un décor qui apparaissait dans la couche de base. Cette technique se pratiquait à Padoue au début du 14ème siècle. Mais, ce qui fit la renommée de Jean-Marie est incontestablement son bleu dit « bleu Schlibs » : bleu d’indigo, mais aussi d’outremer, bleu de Saxe, sans oublier le bleu turquoise. Si le premier reste son secret et un mystère, cette couleur fut très employée de 1906 à 1940 et le décor, par exemple de mimosa, rendait particulièrement bien sur ce bleu. Ces teintes ont pour base le cobalt, amené à l’état de silicate ou de borate d’oxyde de cobalt. Ce n’est qu’à cet état qu’on peut avoir du bleu avec ce métal. Il se procurait en oxyde de cobalt directement auprès des usines chimiques de la Région parisienne et le mélangeait à du feldspath pour couverte, de l’oxyde de zinc, de l’alumine, d’oxyde de chrome suivant la nuance désirée.

Innovateur, il introduisit la fabrication industrielle du vase à fleur dès 1925, avec des procédés et des machines de plus en plus performantes. Présent à l’Exposition Universelle de Paris en 1937, il reçoit la médaille de bronze à l’Exposition artisanale de Grenoble en 1942. Il décèdera le 5 décembre 1949. Bien qu’ayant transmis la succession de la poterie à son fils Aimé dès 1943, il ne fut pas en mesure, à cause de la guerre, de l’après-guerre et du manque de cet oxyde de cobalt de révéler à sa descendance le procédé de préparation de son bleu qui s’effectuait avec un savoir mais aussi avec les yeux.

1914–1918 : L’hôpital militaire à Cognin

Le lundi 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France. Ce même jour, l’Institut des sourd-muets est réquisitionné pour y cantonner les militaires. Le 30 décembre, la municipalité vote une rallonge budgétaire pour couvrir les frais occasionnés par le séjour des troupes dans la commune. En février 1915, il est transformé en hôpital militaire complémentaire : 400 lits y sont installés dans les dortoirs, les salles d’étude de les ateliers. On fait appel à la générosité publique pour pourvoir en lingerie le nouvel établissement sanitaire. En juin, lors d’un office à la cathédrale de Chambéry, une quête est faite à son profit, elle permet d’y collecter 441,65 francs. Au mois de septembre, le docteur Jarre, médecin chef, est décoré de la légion d’honneur. En mars 1917, l’établissement accueille une école de rééducation pour mutilés (« les gueules cassées »). Trois disciplines y sont enseignées : horticulture, cordonnerie et coupe de vêtements. En août, une publicité est faite en faveur de cet établissement, les chambériens sont invités à y faire réparer leurs chaussures. Celles-ci, déposées au bureau du commissaire de Lyon le lundi, rue de Lans, pourront être récupérées le samedi suivant, précise-t-on, après avoir reçu « des réparations très soignées, avec des fournitures de première qualité et à des prix très modestes ». Le château de Corinthe retrouvera sa fonction d’accueil des jeunes handicapés en 1919.

1915 : La famille Opinel à Cognin.

Le 21 décembre, Joseph Opinel acquiert à Cognin les locaux et la chute sur l’Hyères de l’ancienne tannerie Dumas pour y établir sa coutellerie pendant l’année 1916. Fils de Daniel, installé à Albiez-le-Vieux près de Saint-Jean-de-Maurienne, il s’intéresse uniquement à la fabrication de couteaux en allant se perfectionner auprès d’un coutelier de Thiers. En 1909, le couteau fermant est déposé sous l’emblème « La main couronnée ». Cette mise au point en douze tailles lui vaut la médaille d’or à l’exposition de Turin en 1911. Cependant, l’essor de l’entreprise est limité par l’éloignement des grands centres de communication et des centres commerciaux et par l’exiguïté du bassin d’emploi. Ainsi, il saisit l’opportunité qui lui est donnée de s’installer à Cognin sur le canal de usines qui, à ce moment là, fournit de l’énergie à seize entreprises.

Mais ce n’est qu’en 1920 que se produit le véritable décollage de la production. Joseph est secondé par ses deux fils, Marcel et Léon. En 1926, l’établissement est ravagé par un incendie. Il est reconstruit avec un gros effort de modernisation avec l’électricité comme source principale d’énergie. L’eau du canal ne sera plus guère utilisée que pour le refroidissement. De plus, des machines spéciales de production incluant des automatismes sont mises en service. Les performances sont étonnantes pour l’époque : en 1939, l’entreprise emploie quarante ouvriers et vingt millions de couteaux ont déjà été vendus.

C’est à partir des années cinquante que, devenue une SARL, l’entreprise acquiert une envergure internationale. Elle compte alors cinquante ouvriers et Maurice Opinel, fils de Marcel, est entré dans l’affaire. En 1955 est inventé l’ingénieux système de sécurité « Virobloc ». En 1973, l’usine de Cognin est devenue trop petite pour répondre aux exigences de fabrication imposées par une production quotidienne de 20 000 couteaux. A un petit kilomètre de là, dans le quartier de La Reveriaz sur la commune de Chambéry, a été construite une nouvelle unité de fabrication où sont élaborés les manches en bois et où est réalisé le montage, l’usine de Cognin conservant les travaux de métallerie.

En 2003, alors que les bureaux de l’entreprise dirigée par Denis (fils de Maurice) ont été transférés à Chambéry, 95 personnes sont employées dans une production qui réalise 40% de son chiffre d’affaire à l’exportation. En un siècle, 210 millions de couteaux ont été vendus et le mot « opinel » a fait son entrée dans le dictionnaire en 1989. L'usinage et la fabrication du "virobloc", vont encore être réalisés à cognin jusqu'à 2013 où cette année-là, toute la production est concentrée à l'usine de La Revériaz.

1919 : Emile Simonod s’installe à Cognin.

Qui était cet homme à la fois peintre, poète et potier ?.

Il est né le 21 décembre 1893 à Dolomieu dans l’Isère. Fils d’un canut, enfant il est déjà épris par le dessin et la peinture. Inspiré par la nature, il apprend l’agriculture. Après la guerre de 1914-1918, il se rend à Paris et découvre les musées. Entre-temps il avait épousé le 20 janvier 1917 une Dauphinoise , Germaine Vagnoz qui lui donnera plus tard une fille Abeille. Il quitte Paris pour s’installer à Cognin, et habite chez Opinel. Il enseignera un court moment à l’Institution des jeunes sourds. Il démissionne rapidement, bien décidé à suivre sa voie. Il expose en 1922 sa peinture puis découvre la poterie chez Schlibs d’abord puis chez Talbot à la Flachère dans l’Isère et chez Pivon aux Abrets. N’ayant pas d’atelier personnel, l’usine Opinel, lui prête un coin de son entreprise pour construire un four. Il signe ses premières décorations de pots et vases. Il participe à l’Exposition d’arts industriels de Grenoble en 1924, aux côtés de Paul Jacquet et Jean-Marie Schlibs. En janvier 1926, la célèbre coutellerie est la proie des flammes, alors il achète à Chambéry, un terrain, rue Garibaldi. Sur cet emplacement, il fonde « la Poterie Savoyarde ». Les meilleurs tourneurs sont là, une pléiade d’artistes travaille aux décors, 200 modèles, vases, pichets, cendriers, services à thé, bonbonnières…Les modèles portent un nom de village avec la fleur typique à ce lieu. Les coloris des émaux sont choisis avec soin et reproduisent les couleurs flamboyantes de la nature. L’essor de l’entreprise est foudroyant. En 1928 la poterie devient la Société Industrielle Savoyarde de Poterie ou SISPA. La production se vend à Chambéry chez Féjoz, aux Dames de France mais aussi à Cognin dans le Bourg , chez Germaine Pollet. Elle s’exporte en Europe, en Amérique en Australie et même à Java. En 1937, la perfection de ses décors lui fait obtenir la médaille d’argent à l’Exposition universelle de Paris. Déçu par ses associés, il quitte l’entreprise en 1940.

A partir de cette date, il se consacre à la peinture. La nature source de son inspiration, le souci du détail, les couleurs auront une action déterminante dans la suite de son œuvre. Il expose sous les Portiques, rue Croix d’Or et rue Berthollet. Il est avant tout le chantre de l’automne avec ses couleurs mordorées ou des paysages savoyards : montagnes, sous-bois, plaines, lacs et rivières. Enfin pour les Chambériens, il reste le peintre du Granier. Après ses esquisses sur le terrain, il achève son œuvre dans son atelier de Cognin, rue Lamartine à Pont d’Hyères.

La nature, il la chante à travers quatrains et sonnets qu’il compose dans ses moments de solitude. La peinture n’est en somme que la transposition de son âme de poète. Conteur, le soir venu, il s’en va dans les cafés chambériens, devant ses amis fidèles et déclame Hugo, Lamartine, mais aussi Brassens et ses poèmes.

Peintre et poète, Emile Simonod décèdera dans sa maison atelier de la rue Lamartine à Cognin le 4 avril 1977. Il laisse aux Cognerauds et aux Savoyards l’image d’un homme simple que l’on rencontrait très souvent dans notre cité. Avec son chapeau, sa barbe et son vélo, il faisait penser aux artistes de Montparnasse, lui, il en était un de talent à la silhouette populaire.

1920 : la cité aluminium

Cognin est encore une commune agricole dans l’entre-deux-guerres, l’implantation industrielle va pourtant démarrer dans les années 1930. L’usine de l’Aluminium Français de Chambéry, créée en 1913, est, au lendemain de la première guerre mondiale, en 1919, la plus grosse unité industrielle de la ville. Elle a été conçue pour centraliser la transformation des lingots d’aluminium élaborés dans les vallées situées en amont.

La politique paternaliste de ces années là conduisent les dirigeants à trouver du terrain pour construire des logements pour le personnel. En juin 1920, l’Aluminium Français se rend acquéreur auprès de Maître Grumel, notaire à Chambéry, pour la somme de 8500 F d’un terrain sur la commune de Cognin à proximité immédiate de l’usine, terrain appartenant à la famille Perruchon.

Le projet initial comprenait 33 pavillons jumelés et un terrain de jeux, comprenant square, tennis et boules. Une partie seulement a été réalisée. Sur l’emplacement prévu pour le square et les pavillons non réalisés a été construit le stade Jacques Level.

1939.

Selon une tradition bien établie, Cognin élit sa reine pour un mandat de un an. Yvonne Rosat et ses deux dauphines rayonnent… Quelques sourires dans un climat qui s’assombrit. Le 3 septembre, l’Angleterre et la France entrent en guerre contre l’Allemagne. En 1942, une lettre du maire de Cognin, Pierre Bollon, s’efforce d’attirer l’attention de l’intendant de police de Chambéry sur la situation de sa commune. En effet, la population, composée de 7/10 d’ouvriers, de 2/10 de commerçants et de fonctionnaires et seulement de 1/10 d’agriculteurs, les fournitures en ravitaillement proposées par ces derniers sont nettement insuffisantes pour nourrir cette population urbaine. Le maire en appelle donc à l’aide des pouvoirs publics.

1943

La bourgade accueille très discrètement une famille, la mère et ses deux fils, le père venant d’être arrêté à Lyon par les allemands. Cinquante-trois ans plus tard, l’ancien élève du lycée Vaugelas de Chambéry, Robert Badinter, qui fut Garde des Sceaux auteur de la loi d’abolition de la peine de mort, puis Président du Conseil constitutionnel, viendra à Cognin exprimer toute sa gratitude à ceux qui les avaient accueillis « avec amitié et discrétion … J’ai toujours gardé pour la Savoie, et plus particulièrement pour Cognin, une reconnaissance, je dirais une sorte de tendresse parce que j’ai bien mesuré depuis que si nous avions échappé, ma mère, mon frère et moi-même, au sort qui était prévisible, nous le devions, pour une bonne part, aux habitants de Cognin… Ici, en Savoie, nous avons été intégrés, protégés… ». En mai 2005, une plaque-souvenir a été posée sur le mur de la maison Charret, route de Lyon, où fut hébergée la famille de Robert Badinter qui présidait cette émouvante cérémonie avant de s’adresser aux nombreux Cognerauds massés dans la salle de la Forgerie.

1944. 26 mai.

Les avions de la 15ème escadre stratégique de l’US Air Force bombardent Chambéry. Soudain, l’un d’eux s’écarte ; deux bombes tombent dans le parc du château de Villeneuve, à Cognin. M. Toinet, qui regardait passer l’escadrille, est littéralement enterré. Seule, la lame du couteau qu’il tenait à la main dépasse. Un jeune apprenti du maréchal-ferrant la voit briller dans le soleil et donne un coup de pied dedans. Il entend râler. Avec pelle et pioche, son patron et lui déterrent le malheureux qui s’en tire après 21 jours de coma et 77 de paralysie totale. La population de Cognin est de 2533 personnes cette année-là.

A la fin de la guerre, quinze noms seront gravés sur le Monument aux Morts de Cognin pour la période 1939-1945. Au mois de décembre, un camion militaire fait une embardée au pont Saint-Charles et s’écrase dans la rivière. Deux jeunes soldats sont tués et un autre grièvement blessé.

L'année suivante, le 29 avril et le 13 mai 1945, les femmes ont voté pour la première fois. Deux d’entre elles ont fait leur entrée au Conseil municipal puisque des élections ont eu lieu afin de remplacer la municipalité provisoire mise en place par l’arrêté préfectoral du 30 août 44.

1960 : le début de vingt années de profondes mutations.

            Quelques chiffres : 3356 habitants en 1962, 6369 en 1982 et 1328 enfants scolarisés cette année-là. Cela se passe de commentaires. Les transformations du paysage urbain accompagnent cette véritable explosion démographique due essentiellement à l’apport de nouvelles couches de population dans l’agglomération chambérienne.

Les opérations immobilières sont désormais de grande envergure avec des immeubles en locatif ou en accession à la propriété fournissant près de 1 000 logements. Ainsi, si d’autres ensembles collectifs de moyenne dimension apparaissent dans la ligne des constructions de la fin des années 50, à partir de 1970 sont réalisés les grands projets des quartiers de l’Epine et de Corinthe, sans oublier le lotissement en villas groupées sur le site du Château Chiron. Ecoles, collège, commerces, équipements culturels, sportifs et sociaux, aménagements de la voirie accompagnent ces transformations. Le quartier de la mairie et de l’église est restructuré : clin d’œil de l’Histoire, c’est au cours de ces travaux, entre 1969 et 1976, que sont mis au jour les vestiges de la plus vieille « maison » de Cognin, la villa gallo-romaine.

1969-1976 : Découverte de la plus vieille « maison » de Cognin.

Entre 1969 et 1976, alors que de grands travaux donnaient au centre de Cognin son visage actuel, une intervention archéologique permettait de mettre au jour les vestiges d’une villa gallo-romaine. Les recherches ont été menées par le Club d’Archéologie du Lycée Vaugelas de Chambéry que dirige M. Jacques Pernon.

Les fouilles ont permis de dégager 30% d'un ensemble de constructions dont les éléments exhumés s’inscrivent dans un trapèze de 150m x 120m environ. Des murs et des fondations de ces édifices ont été retrouvés au nord et au sud du quadrilatère. Près du bâtiment nord a été dégagé un hypocauste (système de chauffage par le sol et les murs) dont l’alandier a été transporté dans les jardins du collège Henry Bordeaux. L’ensemble était une exploitation agricole comme l’attestent différents éléments retrouvés : ossements d’animaux, grains de millet calcinés.

Treize mille trois cents objets ont été répertoriés. Les nombreux fragments de céramique sigillée et différentes monnaies ont permis de reconstituer approximativement l’histoire de cet ensemble installé sur un site déjà utilisé, comme le confirme un fragment de fonderie daté de l’âge du fer.

- Première occupation de la villa : 40 à 260 après J.C.

- Incendie de la villa : entre 260 et 270, période d’anarchie et d’invasions dans l’empire romain.

- Reconstruction avec quelques modifications et seconde occupation de la villa : de 270 à la fin du quatrième siècle.

Ce lieu chargé d’histoire demeurera utilisé jusqu’à notre époque : La présence d’une sépulture d'époque mérovingienne révélant une culture burgonde avec la découverte d’une plaque-boucle sur le site de la villa, le recueil de monnaies du Moyen-Age et l’emplacement de l’ancienne église détruite en 1830 pour laisser place à la nouvelle sont autant de preuves de la permanence de l’habitat. L’utilisation constante du sol expliquerait le nombre relativement réduit des pièces métalliques mises au jour et l’état fragmentaire de la plupart des céramiques. Rue “Villa Romaine” on peut observer “in situ” les fondations restaurées d'une partie de l'ensemble. Cette implantation de l'époque gallo-romaine n'est sans doute pas l'unique témoin de nos ancêtres qui vivaient ici il y a deux mille ans.

Des années 80 à nos jours : des transformations qualitatives.

Le recensement de 1999 faisait état de 6176 Cognerauds : régression, stagnation, pause ? Quelles réponses à cette question ?

L’augmentation du parc immobilier (500 logements) est relativement faible en regard de la période précédente. Une pression démographique diminuée comme partout en France, un début de vieillissement de la population, l’ouverture de nouveaux espaces constructibles dans l’agglomération, la péri-urbanisation qui touche des communes comme Vimines fournissent quelques explications. Il ne faut pas oublier la recomposition de certaines familles et le « desserrement » de l’occupation des logements : des jeunes en âge de « voler de leurs propres ailes » quittent le foyer familial et par la même occasion quittent Cognin pour vivre leur vie sous d’autres cieux…

Ainsi, dans ce qui pourrait s’apparenter à une pose, les transformations sont plus qualitatives que quantitatives. Comme la plupart des villes, Cognin est concernée par des opérations de rénovation et de réhabilitation des quartiers anciens et des friches industrielles. Il faut citer le Pont-vieux, la Route de Lyon, les quartiers de la Poterie, de la Coutellerie et les bords du canal avec, pour exemples, l’aménagement du moulin Carrel par l’O.P.A.C. et la création de « l’atelier de l’eau » sur le site de l’ancienne filature Thomas. Parallèlement, de nouvelles réalisations telles le Parc du Forezan ou la rénovation d’équipements anciens viennent renforcer l’image de Cognin, ville agréable où il fait bon vivre.

2007 : L’atelier de l’eau.

Implanté au cœur de la ville, le site de la Filature Thomas a fait peau neuve. Après plus de trois ans pendant lesquels projets, réflexions, concertations, négociations, travaux, recherches historiques, scientifiques et techniques se sont succédé ou côtoyés, l’Atelier de l’eau est né. La réhabilitation de cette ancienne friche industrielle s’inscrit dans une forte volonté de mise en valeur du patrimoine communal en général et du Canal des Usines en particulier.

L’Atelier est un espace à vocation pédagogique qui s'adresse à tous publics et dans ce cadre, c'est un fabuleux outil de mise à disposition de connaissances historiques, techniques et scientifiques sur le thème de l'eau en général et sur l'utilisation de la force motrice de l'eau en particulier. Même si beaucoup de manipulations ont été conçues en direction des plus jeunes, les adultes peuvent apprendre beaucoup. Outre l'espace extérieur dont la fontaine interactive sera le centre, 3 salles se succèdent au premier étage.

Dans la première, l'histoire du Canal des Usines est contée au travers des diverses activités qui se sont succédé au fil du temps et de l'eau. On découvre ainsi le riche passé industriel de la commune de Cognin. L’eau en général et l'utilisation de sa force motrice sont les sujets présentés dans la seconde salle : cycle de l'eau, utilisation, origine, types de moulin, hydroélectricité... sont quelques uns des thèmes abordés au moyen de panneaux, manipulations, bornes interactives ou audiovisuelles. La 3ème salle est axée principalement sur les énergies renouvelables dont on parle énormément de nos jours face aux problèmes de pollution et de coût des énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz). On y trouve également des informations très intéressantes sur l'eau dans le monde (répartition, utilisation, etc.).Au rez-de-chaussée, le fonctionnement du moulin à huile sera présenté grâce à la force motrice de l'eau transmise par la roue et des jeux de poulies, différents appareils nécessaires à la fabrication d'huile vont s'animer : meules, compresseur, presse et four. La muséographie de l'Atelier de l'eau est ainsi conçue comme un pont entre le passé et le futur dont le fil conducteur est l'eau et les trésors d'ingéniosité dont l'homme a fait preuve pour utiliser cette énergie naturelle, non polluante et renouvelable.