Le temps des fabriques.

     Le temps des fabriques, c'est d'abord celui de la Révolution industrielle qui a marqué l'Europe occidentale et Les Etats-Unis au XIXème siècle et qui, le long du canal "des usines", a naturellement concerné la ville de Cognin. Cette transformation ne s'est pas arrêtée en 1900 et couvre en partie ce qu'on a coutume d'appeler la Belle Epoque dans les premières années du siècle suivant. La commune, qui passe de 735 habitants en 1806 a 1209 en 1896 est également marquée par des transformations qui perdurent dans le paysage aujourd'hui.
      Avant l'utilisation de la machine à vapeur et de l'électricité, l'énergie hydraulique fournissait la force nécessaire au fonctionnement des premières machines, scies, battoirs, métiers à tisser, moulins à blé et à huile. Dès le XVIIIème siècle, de nombreuses installations existaient le long du canal. Ce qui nous interpelle, c'est que les propriétaires des artifices étaient alors très majoritairement des chambériens que l'on pourrait classer dans la haute société d'alors. En 1784, sur une pétition des titulaires des chutes adressée à l'administration sarde, on relève un seul Cogneraud sur un ensemble de treize entrepreneurs. La répartition sera inversée au siècle suivant.
1871      Dans la première moitié du XIXème siècle, l'activité principale est d'abord de la meunerie, mais le textile fait une percée remarquable avec l'entreprise Chevalier, Blard et Bernon sur la chute numéro 4. En 1829, dans un mémoire de l'Académie de Savoie, le comte de Fortis fait une description remarquable du fonctionnement et des avantages mais aussi des handicaps de cette entreprise. On y retrouve tous les ingrédients de la Révolution industrielle qui commence, le royaume de Piémont-Sardaigne étant alors en avance sur les autres états de la péninsule.
      En 1871, Les titulaires de chutes du canal sont encore majoritairement des meuniers. La liste ci-contre, qui comprend également les artisans de la Revériaz, a l'intérêt de faire apparaître l'utilisation des artifices et leur hauteur qui connaîtra parfois ultérieurement d'infimes variations. On constate que les artisans sont parfois locataires, notamment en cas de veuvage de la propriétaire ou tout simplement que la chute est alors momentanément en inactivité. Ainsi, la chute numéro 10 de Jean Baptiste Dumas est utilisée par Perrier-Robert, la chute 6 d'Antoine Chiron par Thomas fabriquant de draps avant que ce dernier fasse l'acquisition de la chute n°7  appartenant à Déperse, en 1887. usine champenoisOn remarque la présence d'Antoine Champenois sur la chute n° 4 qui a une dénivellation de 3,77 m portée à 4,75 m avec le changement du cours du canal dans le secteur. C'était la grosse "boîte" de Cognin. Plus d'une centaine d'ouvrières, dont certaines venaient des communes alentour, y tissaient annuellement 360 000 mètres de tissus de soie. La haute cheminée nous montre que la machine à vapeur a remplacé en grande partie l'énergie fournie par l'eau du canal en attendant l'électricité qui sera présente au début du XXème siècle pour éclairer les ateliers grâce à une micro-centrale installée sur l'Hyères à Saint-Cassin en 1902 par son fils Louis.
Article consacré à la soierie Champenois parue dans l'Almanach des pays de Savoie accessible par ce lien.
Usinesdecogninvers1900      Au début du XXème siècle, l'activité sur le canal est à son apogée et les productions se sont fortement diversifiées Parmi elles, le travail du bois avec l'installation, en tête de ligne, de la manufacture de semelles de galoches Pellarin à la place de la cimenterie Perrier-Robert qui avait périclité, le mariage de François Pellarin avec Anna Perrier-Robert ayant facilité cette évolution. De l'autre côté de la route (voir le cliché ci-contre) la famille Perrier-Robert est toujours présente avec une scierie qui fournit les planches. On est en présence d'un mini-complexe industriel. C'est pendant ce siècle que la poterie Schlibs connut son essor. L'histoire de la famille Schlibs est accessible en cliquant sur le lien suivant grâce au montage réalisé par géraldine à partir d'une émission radio de RCF Savoie.

Lien des 9 panneaux de l'histoire de la poterie Schlibs réalisés par Yolande Cadet pour les journées du patrimoine de septembre 2016.

     En 1907, la municipalité de Cognin réclame l'installation d'une gare. Le poids annuel des marchandises reçues et expédiées est évalué à 19 409 tonnes ! La commune est un peu devenue la zone industrielle de Chambéry. Dans son ouvrage Les Alpes occidentales, le géographe Raoul Blanchard écrit :"C'est là, aux abords de l'Hyères et de préférence à Cognin, que l'industrie manifeste une véritable vitalité, parce qu'elle ne s'y heurte pas à un préjugé défavorable : Cognin a des spécialités plus variées et reste beaucoup plus voué à l'industrie que la ville..." Les mentalités changent et cela ne manque pas de susciter des inquiétudes. Ainsi on peut lire dans la presse locale à propos de l'instituteur : "malgré les difficultés qu'il éprouve à diriger les enfants que les parents, employés dans diverses industries, ne peuvent surveiller, M.Poupelloz obtient de brillants résultats."
DSC05950      Les années 30 du XIXème siècle sont aussi marquées par des changements importants dans la physionomie de la commune. C'est tout d'abord le tracé rectiligne de l'actuelle route de Lyon et un nouveau franchissement de l'Hyères grâce au pont-neuf. C'est ensuite l'édification de la nouvelle église, en remplacement de l'ancienne insalubre et trop petite, achevée en 1832 et consacrée à Saint Pierre par Monseigneur Martinet le 18 août 1833. A la demande du curé Fasy, un nouveau presbytère est construit et achevé en 1842. La maquette ci-contre qui représente le centre de Cognin en 1860, rend compte de ces transformations. votationIl y manque un bâtiment emblématique : la mairie-école (actuellement l'ancienne mairie) terminée en 1863 et dont la réception d’œuvre a lieu le 6 février 1865. Elle accueille alors 175 enfants pour une population de 1076 habitants. Les petites "pastilles rouges" marquent les chutes du canal.
        1860, c'est aussi l'année de la réunion de la Savoie à la France, fait acquis après le traité de Turin du 24 mars et du plébiscite des 22 et 23 avril. Comme le montre le document ci-contre, à Cognin comme ailleurs le oui avec 251 voix est quasiment unanime, un seul votant s'étant prononcé pour le non, et il y a eu une abstention. Une nouvelle ère s'ouvre pour la commune comme pour la Savoie.

 
Voir également la partie du site consacrée au canal des usines dans "Au fil de l'eau"